L’intestin, notre deuxième cerveau ?

Le système digestif chez l’humain est particulièrement complexe. Quelles interactions peut-il y avoir entre le système nerveux de l’intestin (système nerveux entérique) et notre microbiote intestinal ? Comment notre intestin échange-il avec notre cerveau ? Quelles conséquences sur notre organisme ? Voici tout ce qu’il faut savoir sur notre « deuxième cerveau ».

Quel est le lien entre l’intestin et notre cerveau ?

Notre système digestif, et plus particulièrement l’intestin, est peuplé de micro-organismes (bactéries, levures et champignons). On appelle cet ensemble de micro-organismes flore intestinale ou microbiote intestinal. Le microbiote intestinal joue un rôle majeur dans les processus de digestion, d’assimilation des nutriments, mais aussi, un rôle dans notre système immunitaire.

Et ce n’est là que la partie émergée de l'iceberg, puisque des chercheurs ont permis de mettre en évidence la présence de neurones dans notre intestin, indirectement liés avec le microbiote intestinal. On compterait environ 500 millions de neurones(1) dans notre intestin, constituant ainsi un système nerveux à part entière : le système nerveux entérique. Il s’agit du second système nerveux de l’organisme, d’où le nom de « deuxième cerveau ». Concrètement, ces neurones présents dans nos intestins échangent de manière continue avec les neurones du cerveau, via les voies sanguines, mais surtout par le nerf vague, pour transmettre tout un tas d’informations.

Le nerf vague, parlons-en : il joue un rôle crucial dans l’axe intestin-cerveau puisqu’il relie directement les systèmes nerveux de notre système digestif et de notre cerveau. Les interactions de notre microbiote intestinal avec notre intestin utilisent la voie nerveuse pour envoyer des signaux à notre cerveau et permettre d’informer notre cerveau de notre « santé digestive ». Ainsi de nombreuses informations, régulant certaines fonctions motrices, sensitives, sensorielles et végétatives (les mécanismes autonomes de notre organisme) sont échangées entre l’intestin et le cerveau.

Le stress : l’ennemi de notre deuxième cerveau

Digestion : le microbiote intestinal, informateur du cerveau

Comme le dit Giulia Enders, auteur du livre « Le charme discret de l’intestin, tout sur un organe mal aimé »(2) : « Le cerveau a besoin d’informations pour savoir comment le corps interagit avec son environnement […] L’intestin est un conseiller très important pour lui, une sorte d’informateur. »

Dans son livre, cette chercheuse allemande affirme que 90 % de l’activité observée sur le nerf vague va dans le sens intestin-cerveau, et non dans le sens inverse(2). Le microbiote intestinal remonterait ainsi toutes les informations au cerveau, et ce dernier, décide de la réponse appropriée.

Les intestins, et notamment le microbiote intestinal, informent ainsi le cerveau de son activité pour réguler l’organisme. Une étude de l’INSERM(3) montre, par exemple, que les micro-organismes pourraient transmettre au cerveau la sensation de satiété. Ils indiqueraient aussi le sentiment de faim pour signaler le besoin de nourrir l’organisme. Il y a ainsi une connexion constante entre intestin et cerveau.

L’intestin, notre cerveau émotionnel

S’il semble logique que notre intestin informe le cerveau de notre activité digestive, il semble plus surprenant qu’il agisse sur nos émotions et notre activité cérébrale. Et pourtant, c’est bien le cas, comme le souligne une revue de la littérature scientifique menée à la University College Cork en Irlande en 2012(4), complétée par une étude française en 2014(5). Ces publications montrent que le microbiote intestinal envoie des signaux au cerveau, via le système nerveux entérique, qui peuvent jouer sur notre humeur, ou induire du stress.

De plus, il a été mis en évidence que 95 % de la sérotonine(1) présente dans notre corps est émise par l’intestin et transmise au cerveau. Ce neurotransmetteur est aussi connu sous le nom « d’hormone de la sérénité », puisqu’il impacte et régule notre humeur, nos émotions, et notre niveau de stress.

Un rôle dans notre sensibilité au stress

Cet exemple de la sérotonine nous montre que les différentes substances produites par le microbiote intestinal peuvent guider nos réactions émotionnelles.

Il est aussi intéressant de constater que les échanges intestin-cerveau, en cas de stress, vont dans les deux sens : les intestins envoient des signaux qui induisent du stress, le cerveau intègre l’information et pilote la réaction physiologique : il renvoie le message à l’intestin, provoquant un ralentissement du transit, qui peut entraîner un inconfort intestinal et un déséquilibre de la flore.

La piste du microbiote intestinal dans la recherche médicale

Les différentes études citées ci-dessus démontrent le rôle majeur des intestins et du microbiote intestinal dans le fonctionnement de notre organisme. De la réaction au stress, en passant par nos émotions, ou la régulation de notre digestion, le microbiote intestinal est impliqué dans de nombreux processus.

Il n’est alors pas étonnant de voir se multiplier les études sur les implications qu’il peut avoir dans différentes maladies. Des études sont en cours sur le lien entre microbiote intestinal et certaines maladies neurologiques comme la maladie de Parkinson(6). De nombreuses pistes restent encore à explorer.

1. Gros A. Le ventre, notre deuxième cerveau. CNRS Le Journal [en ligne]. 2017 Février [consulté le 30 décembre 2020]. Disponible :

2. Giulia Enders – Le Charme discret de l’intestin. Tout sur un organe mal aimé – Editions Acte Sud

3. Breton J et al. Gut commensal E. coli proteins activate host satiety pathways following nutrient-induced bacterial growth. Cell Metabl. 2016; 23 (2) : 324-334.

4. Cryan, J.F. & Dinan, T.G. Mind-altering microorganisms: the impact of the gut microbiota on brain and behavior. Nat. Rev. Neurosci. 13, 701-712. doi: 10.1038/nrn3346. Epub 2012 Sep 12. PMID: 22968153.

5. Crumeyrolle-Arias M, Jaglin M, Bruneau A, Vancassel S, Cardona A, Daugé V, Naudon L, Rabot S. Absence of the gut microbiota enhances anxiety-like behavior and neuroendocrine response to acute stress in rats. Psychoneuroendocrinology. 2014 Apr; 42:207-17. doi: 10.1016/j.psyneuen.2014.01.014. Epub 2014 Jan 31. PMID: 24636517

6. https://insb.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/nouvelles-perspectives-sur-laxe-intestin-cerveau-dans-la-maladie-de-parkinson

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